Pour un renouveau internationaliste !

Le déluge de fer et de feu qui s’est abattu sur l’Irak a montré la vraie nature du « nouvel ordre mondial » dont George Bush s’est fait le champion. La fin de la « guerre froide » entre Moscou et Washington a laissé place à de nouvelles « guerres chaudes », aussi terribles que celles que nous avons connues ces dernières décennies, de la Corée à l’Algérie, au Vietnam, à l’Afghanistan.

Malgré le déclin relatif de leur puissance économique, les États-Unis cherchent à restaurer pleinement leur capacité d’action politique et militaire internationale, longtemps limitée par leur défaite au Vietnam et la victoire de la révolution au Nicaragua. L’invasion de Grenade, les opérations militaires contre la Libye, l’intervention au Panama, l’appui à la contre-révolution nicaraguayenne, le soutien accru accordé à l’État sioniste confronté à l’Intifada palestinienne, les menaces proférées à l’encontre de Cuba manifestent leur volonté de mettre au pas les peuples d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique et du Pacifique. La guerre du Golfe arabo-persique leur a donné l’occasion de s’affirmer à nouveau comme les gendarmes du monde.

La gravité de cette situation ne saurait être sous-estimée. Jamais, depuis la guerre du Vietnam, les puissances impérialistes n’avaient réuni sur un théâtre d’opérations de tels moyens militaires. Jamais, depuis la guerre de Corée, elles n’avaient pu les engager sous le couvert de l’ONU. Jamais elles n’avaient pu intervenir à cette échelle avec l’aval de l’URSS et de la Chine. Quant à la social-démocratie, via divers gouvernements occidentaux, elle a participé directement à cette opération d’une ampleur, par bien des aspects, sans précédent.

Une capacité de mobilisation contre les interventions impérialistes

Tous ceux qui poursuivent le combat internationaliste doivent aujourd’hui assumer des responsabilités accrues. Ils doivent parer au plus urgent : imposer aujourd’hui l’arrêt des combats et le retrait des forces impérialistes de la région du Golfe. Mais ils doivent aussi se préparer au déclenchement, en d’autres points du globe, de nouvelles agressions. En rassemblant, face à cette menace, une importante capacité permanente de mobilisation et de riposte.

De nombreuses bases militaires occidentales ont été implantées, de l’Asie à l’Afrique et l’Amérique latine. Elles abritent, entre autres, des troupes américaines, britanniques et françaises. Dans les métropoles impérialistes, des forces de déploiement rapide sont constituées qui doivent pouvoir se porter partout — et notamment dans le tiers monde. C’est ce dispositif mondial qui doit être démantelé, si l’on veut éviter la répétition sans fin des sanglantes interventions qui se succèdent depuis la Seconde Guerre mondiale.

La crise économique mondiale accentue les tensions. Elle ne fait que rendre plus probables de nouvelles aventures militaires dans les pays dominés. Les attaques contre les droits économiques, sociaux et politiques s’aggravent. Les gouvernements occidentaux imposent l’austérité aux travailleurs. Les émeutes de la faim se multiplient dans le tiers monde. La répression bureaucratique menace toujours, comme en Union soviétique et en Chine. Or, il faudra du temps pour que soit surmontée la désorientation provoquée par l’expérience du stalinisme, de ses crimes et de son échec. Dans ces conditions, le danger est grand de voir les mouvements ouvriers et populaires démoralisés, placés sur la défensive, les combats révolutionnaires isolés ; de voir toujours plus de luttes sociales et politiques dévoyées, dégénérer en des affrontements ethniques, communautaires et religieux sans issue.

Le devoir de solidarité

Pour faire front, il est urgent d’engager de nouvelles actions solidaires. L’internationalisme est un devoir envers toutes et tous les exploités, toutes et tous les opprimés — envers toutes celles et tous ceux qui luttent. Il est nécessaire à leur combat. Ils doivent pouvoir compter dessus — après comme avant la victoire, car la pression exercée par l’impérialisme ne se relâche pas, comme l’a illustré une fois encore la politique poursuivie par Washington contre le Vietnam et le Nicaragua révolutionnaires.

Rien n’est plus dramatique que de voir un peuple du tiers monde qui se dresse courageusement pour sa libération nationale et sociale, rester seul face à l’intervention impérialiste. Que de voir une jeune révolution victorieuse, épuisée par le blocus diplomatique et économique des puissances occidentales, exsangue parce que l’aide du mouvement ouvrier international lui est chichement comptée. Comme de voir de grandes grèves ouvrières étouffées parce que la bourgeoisie a pu trouver à l’étranger ce qui lui était refusé par les travailleurs de son pays, parce que le mouvement syndical s’avère incapable d’unifier son action internationale.

Le devoir de solidarité ne connaît pas de frontières. Les bouleversements en cours, depuis la fin 1989, dans l’Est européen montrent à quel point, pour redonner vigueur au projet socialiste, il faut pleinement restituer son caractère démocratique. Cela ne peut se faire sans affirmer un soutien constant à l’égard du combat des travailleuses et des travailleurs de ces pays, d’Union soviétique ou de Chine, pour leurs droits politiques et sociaux. La faillite du stalinisme doit nous permettre d’en finir avec l’identification du socialisme à des régimes bureaucratiques, donnant ainsi un souffle neuf au combat internationaliste tout entier.

Les puissances occidentales ont su prendre avantage de la crise des régimes de l’Est européen, comme l’illustre la réunification capitaliste de l’Allemagne. L’effondrement économique, l’abandon brutal des mesures de protections sociales, le développement sauvage du marché et du chômage, l’action des multinationales risquent de donner naissance à un nouveau tiers monde au cœur de l’Europe. Mais l’ouverture des frontières favorise la multiplication des liens entre les organisations ouvrières, féministes, écologiques et antiguerre. C’est une occasion unique de développer un combat solidaire par-delà la ligne de partage est-ouest héritée de la Seconde Guerre mondiale.

Contre les préjugés les plus rétrogrades

Pour tous ceux qui œuvrent à une transformation radicale de nos sociétés, l’internationalisme n’est pas seulement une exigence pratique. Il reste une valeur essentielle — l’antithèse de la xénophobie, du racisme et du chauvinisme, de la haine de l’autre ; une composante fondamentale de toute culture humaniste et socialiste. Il exprime un engagement éthique aussi bien que politique.

L’internationalisme commence ainsi dans son propre pays, dans la lutte contre les préjugés les plus rétrogrades : en prenant la défense intransigeante des travailleuses et des travailleurs immigrés, ainsi que des communautés opprimées, de leurs droits politiques, de leurs cultures et de leurs langues. En luttant pour le droit effectif des nations à disposer d’elles-mêmes.

Le poids des réalités mondiales

L’internationalisme répond, enfin, au poids des réalités mondiales.

Par-delà les pays et les continents, le monde actuel est caractérisé par une interdépendance croissante des économies, des équilibres écologiques, des rapports militaires, de la menace nucléaire. Les changements brutaux qui s’opèrent chroniquement au sein du marché mondial ont des effets sociaux toujours plus dévastateurs. De nouvelles formes de dépendance, technologiques et financières, pèsent sur le tiers monde. Les désastres « naturels » d’origine humaine se multiplient et ont des conséquences de plus en plus graves. Les grands problèmes de notre temps — de la domination impérialiste à la pauvreté, du danger de guerre à la destruction de l’environnement — se posent d’emblée à l’échelle internationale.

La bourgeoisie des pays impérialistes ne s’y est pas trompée. Elle multiplie les consultations et les institutions qui lui permettent d’agir de concert pour juguler les luttes révolutionnaires et pour maintenir sa domination sur les pays dépendants. Le « sommet des 7 pays les plus riches » se comporte comme un véritable directoire mondial. Le Fonds monétaire international utilise le chantage à la dette pour dicter des mesures économiques aux gouvernements du tiers monde qui condamnent à la disette et à la famine des populations entières. Les multinationales menacent les travailleurs en lutte de redéployer leurs investissements dans d’autres pays, pour mieux miner leur combativité. Les puissances européennes consolident l’Europe du capital à l’encontre des luttes et des besoins sociaux de la classe ouvrière. Toutes s’accordent pour faire payer à cette dernière le prix de la crise économique. Toutes s’accordent de même pour remettre en question les acquis des luttes antérieures, que ce soit la sécurité sociale, le maintien du pouvoir d’achat, la protection de l’emploi ou les droits syndicaux.

La bourgeoisie européenne parle d’assurer la libre circulation des biens et des personnes au sein du « marché unique ». Mais elle renforce simultanément les mesures de contrôle et restreint autoritairement le droit des non-Européens à pénétrer sur le territoire de la Communauté. La chasse à l’immigré(e) sera plus féroce que jamais. Le statut de réfugié politique est déjà gravement atteint, au mépris des proclamations humanitaires des chefs d’État. Quant à la coopération des polices occidentales dans la lutte contre le « terrorisme », elle est plus étroite que jamais. Le monde que la bourgeoisie impérialiste nous prépare sera encore moins libre que celui d’aujourd’hui.

Nous sommes confrontés à une situation paradoxale. Voilà plus d’un siècle, le mouvement ouvrier et socialiste a été porteur de « l’idée neuve » de l’internationalisme. Aujourd’hui, il s’avère incapable ne serait-ce que de coordonner efficacement les luttes sociales pour les droits élémentaires des travailleuses et des travailleurs. Alors que la bourgeoisie s’organise de plus en plus sur le plan international, malgré l’acuité des contradictions qui opposent ses diverses composantes nationales.

Une politique alternative

Après une période initiale de croissance, la crise frappe durement les pays dont l’économie a été bureaucratiquement centralisée, de la Chine à l’URSS. La perspective socialiste a, pour beaucoup, perdu de sa crédibilité. C’est l’espoir même d’une société plus juste et plus humaine qui est ainsi remis en cause. Les idéologues de l’ordre établi en profitent pour chanter les vertus du marché capitaliste au moment même où le droit au travail et à la santé pour toutes et tous est mis en question dans les pays impérialistes, où un nombre croissant de sociétés du tiers monde se voient menacées de véritable décomposition. Au moment, aussi, où la logique de la production pour le profit est pour beaucoup dans la profondeur de la crise écologique globale qui menace notre planète.

Pour redonner sa crédibilité au socialisme, il faut briser la fausse dichotomie entre économie capitaliste de marché et planification bureaucratique. Il faut dégager une autre forme de développement qui assure effectivement aux travailleuses et travailleurs le contrôle des priorités socio-économiques et qui ait pour moteur la satisfaction des besoins humains. Cette troisième voie, véritablement socialiste et démocratique, implique une modification profonde des relations internationales, et pas seulement des politiques nationales de croissance. L’internationalisme est indispensable à la mise en œuvre d’une telle politique de développement alternative.

Il est aujourd’hui possible de progresser dans cette voie. En opposant, en Europe, au choix du capital — le marché unique de 1992 —, le choix des travailleuses et des travailleurs, en engageant un combat d’ensemble pour les droits sociaux, culturels et politiques des peuples du continent, à l’Est comme à l’Ouest. En impulsant la lutte contre la dette, joug pesant maintenant sur les pays de l’Est européen comme sur les pays dépendants, élément essentiel de la crise économique internationale. En approfondissant le combat pour les droits des travailleurs et de la jeunesse, pour la libération des femmes, pour l’égalité entre les nations, pour la défense de l’environnement, contre le nucléaire et le danger de guerre. En définissant, dans les pays impérialistes, une autre politique d’aide au tiers monde.

La politique occidentale « d’aide » aux pays dits en voie de développement est définie en fonction de l’intérêt des multinationales. Elle vise aussi à consolider l’alliance entre les métropoles impérialistes et les bourgeoisies néocoloniales, qui se nourrissent de la corruption et du détournement des fonds publics. Elle perpétue ainsi les dépendances — dépendance internationale des pays dominés au sein du marché mondial et dépendance des peuples face aux régimes en place. C’est peut-être en Afrique que les conséquences de cette situation sont aujourd’hui les plus graves. D’autant plus que la balkanisation du continent donne naissance à des micro-États incapables d’assurer leur survie économique propre. Les socialistes révolutionnaires africains doivent coordonner leurs forces pour opposer à cette évolution le fédéralisme libre des peuples d’Afrique, pour renouer avec un panafricanisme anti-impérialiste et militant.

Nous assistons, en Amérique latine, à une offensive de l’impérialisme américain, sous le couvert du Plan Bush qui prétend instaurer une zone de « libre commerce » de l’Alaska à la Terre de Feu. Ce projet vise à consolider l’hégémonie des États-Unis. Ses conséquences seront désastreuses pour toute la classe ouvrière dans cette partie du monde, y compris aux USA et au Canada. Un combat d’ensemble doit être engagé sur le plan continental pour bloquer la mise en œuvre de ce plan, pour défendre et renforcer les conquêtes sociales.

L’année 1992 sera celle du cinq centième anniversaire des débuts de la conquête de l’Amérique latine. Face à ceux qui veulent réhabiliter à cette occasion l’entreprise coloniale, il importe de manifester, en particulier dans les métropoles des anciens empires mondiaux, l’actualité de notre solidarité anti-impérialiste. Il importe, aussi, de faire connaître plus largement le combat mené aujourd’hui par les communautés indiennes du continent contre la destruction de leurs environnements naturels, la répression et la surexploitation, la désintégration de leurs communautés et de leurs cultures — voire contre le génocide direct.

La responsabilité des révolutionnaires

Le combat internationaliste n’est pas un combat facile. Il se heurte à des obstacles considérables. La synchronisation et la convergence des luttes ne s’imposent pas naturellement ; la situation diffère trop de pays en pays. Chaque mouvement politique, social et révolutionnaire a sa propre histoire, son propre cadre de développement national.

Le mouvement ouvrier, en particulier, ne possède actuellement aucune forme d’organisation qui fasse pièce à celle des grandes multinationales. La bourgeoisie sait parfaitement jouer des divisions entre prolétaires et cherche systématiquement à briser leur capacité de solidarité internationale. Elle use et abuse de la peur du chômage et de la concurrence entre salariés. Voilà qui peut être particulièrement dangereux aujourd’hui, alors que la crise frappe de plein fouet le gros des populations du tiers monde, pèse déjà lourdement sur la classe ouvrière des pays occidentaux et contribue à raviver les conflits ethniques ou religieux et les racismes les plus irrationnels.

Le combat internationaliste est d’autant plus difficile qu’il doit se mener à contre-courant. Depuis longtemps, l’internationalisme révolutionnaire est en déclin. Il a été enterré par les partis sociaux-démocrates qui se sont repliés sur les États nationaux et ont soutenu les guerres coloniales ou mondiales engagées par leurs propres bourgeoisies. Il a été condamné par la bureaucratisation et la stalinisation de la Troisième Internationale, par la subordination des partis communistes à la diplomatie de Moscou, par la division du mouvement communiste mondial — ainsi que par l’isolement dramatique dans lequel se sont trouvées trop de luttes de libération nationale. Cette « tragique solitude » des Vietnamiens face aux bombardements américains, que dénonçait hier Ernesto « Che » Guevara dans son vibrant appel à la Tricontinentale, cette « tragique solitude » dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les Palestiniens et bien d’autres peuples en lutte.

Force est de reconnaître que les organisations ouvrières et progressistes sont loin d’accorder la même attention à la coordination de leurs luttes que les gouvernements bourgeois. Malgré la préparation du marché unique et la proximité des échéances, le mouvement syndical européen n’a pas encore été capable d’engager dans la CEE une campagne d’ensemble en vue de défendre les intérêts des travailleuses et des travailleurs.

Une tradition vivante

L’internationalisme n’est pourtant pas une chimère. Il est une possibilité réelle. Il s’est manifesté avec force lors des grands combats de ce siècle. Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, un extraordinaire essor internationaliste a suivi la victoire de la révolution russe et la formation de la Troisième Internationale. La guerre d’Espagne de 1936-1939 a représenté une véritable tragédie. La victoire du franquisme et la marche à la guerre mondiale ont été favorisées par l’isolement international du camp républicain. Mais l’épopée des brigades internationales, comprenant des militants de nombreux courants progressistes et révolutionnaires, engagés dans la guerre civile aux côtés des peuples de la péninsule ibérique, par-delà les orientations politiques propres de leurs membres, reste un véritable exemple pour tous.

Depuis, malgré les lenteurs, les échecs et les abandons, la solidarité anti-impérialiste a plus d’une fois apporté une aide effective aux luttes de libération nationale, comme dans le cas des réseaux d’aide à la révolution algérienne, de la mobilisation mondiale contre la guerre américaine au Vietnam, et, plus récemment, du mouvement anti-apartheid sur l’Afrique du Sud ou du soutien aux révolutions en Amérique centrale. Bien que de façon malheureusement insuffisante au regard des enjeux et des besoins, la solidarité ouvrière s’est plus d’une fois manifestée, comme en défense du mouvement polonais, en 1980, ou lors de la grève des mineurs britanniques en 1984-1985. La vigueur du mouvement antimissile et antiguerre, dans la première moitié des années 1980, témoigne elle aussi des ressources internationalistes sur lesquelles nous pouvons compter.

1968 — année de l’offensive du Têt au Vietnam, des luttes étudiantes au Mexique et en Argentine, de la grève générale en France et de grandes luttes ouvrières en Italie, du « printemps de Prague » en Tchécoslovaquie — a symbolisé l’esprit internationaliste de la radicalisation de la jeunesse des années soixante. Cette disponibilité internationaliste de la jeunesse représente un précieux potentiel. Elle se manifeste aujourd’hui encore, dans le mouvement antiraciste comme dans la solidarité avec le tiers monde, comme en témoignent les brigades de travail au Nicaragua et les campagnes contre la dette menées dans de nombreux pays.

Cette tradition vivante et ce potentiel internationaliste s’expriment aujourd’hui tout autant dans le développement des nouveaux mouvements sociaux, dans les rencontres mondiales du mouvement des femmes, dans la dimension immédiatement internationale des mobilisations antinucléaires, pacifistes et écologiques, dans la coordination de la lutte contre la dette en Amérique latine, dans les initiatives régionales des mouvements progressistes en Asie et dans le Pacifique. Ils s’incarnent aussi, en de nombreuses régions du monde, dans un sentiment nouveau de solidarité entre des communautés et populations autochtones soumises à l’oppression et au génocide culturel, dans le développement militant des communautés chrétiennes de base, dans le soutien aux dernières luttes anticoloniales, comme celle des Kanaks sous domination française.

Malgré les difficultés, le combat pour un renouveau internationaliste est un combat à la fois nécessaire et réaliste. Il plonge ses racines dans une tradition ouvrière ancienne et vivante. Il s’enrichit d’expériences nouvelles. Il bénéficie de ressources potentielles considérables dans la jeunesse, le mouvement des femmes et les luttes contemporaines.

Il est de notre responsabilité de le mener à bien.

S’organiser

Pour ce faire, il faut s’organiser.

Sans action concertée, l’internationalisme est mort-né. Pour agir ensemble, il faut impliquer le plus grand nombre.

Dans les syndicats, les relations internationales ne doivent pas être l’apanage des directions fédérales et confédérales. Il faut organiser des rencontres entre les délégués directs des travailleurs d’une même multinationale ou d’une même branche. La solidarité intersyndicale, par-delà les frontières, doit devenir la règle.

Il faut faire de même dans les mouvements sociaux, en multipliant les rencontres entre les organisations non gouvernementales et populaires, les associations paysannes et communautaires, les mouvements féministes, étudiants et jeunes.

Il faut tisser un réseau dense de relations internationales à tous les niveaux, des groupes de base aux structures nationales, des associations aux partis, du nord au sud et de l’ouest à l’est.

Internationalisme et Internationale

Ce qui est vrai pour les syndicats et les associations est vrai pour les partis politiques. Ils ont, eux aussi, besoin d’une organisation internationale pour nourrir une conscience et une pratique véritablement internationalistes.

Les sections de la IVe Internationale se sont engagées, depuis longtemps déjà, dans la constitution d’une telle Internationale. Non par souci d’uniformité. Chaque organisation nationale a son orientation politique, ses relations unitaires, sa responsabilité et sa capacité de décision. Chacune cherche à se nourrir de l’histoire et des traditions de lutte propres à son peuple.

Si nos organisations ont adhéré à la IVe Internationale, c’est par souci d’internationalisme et parce qu’elles poursuivent les mêmes buts, combattant toutes pour une démocratie socialiste. Pour que les leçons essentielles de l’histoire du mouvement ouvrier ne se perdent pas, mais soient transmises à de nouvelles générations, dans de nouveaux pays. Pour que se rencontrent, sur un véritable pied d’égalité, des organisations militantes de tous les continents et que les expériences nouvelles des luttes contemporaines puissent être connues de tous. Pour s’éduquer dans un esprit internationaliste et traduire en acte cet élément essentiel à toute perspective révolutionnaire d’ensemble. Pour mieux défendre des organisations frappées par la répression et mieux aider au développement de forces révolutionnaires là où elles sont encore inexistantes ou embryonnaires. Pour s’orienter politiquement, aussi, tant il est vrai qu’il faut une connaissance militante de la réalité mondiale pour comprendre les bouleversements en cours.

C’est aussi pour préparer l’avenir, en établissant un premier jalon, en vue de la constitution d’une internationale dont les organisations membres seront des partis révolutionnaires bénéficiant d’une véritable implantation de masse. Nous savons que nous ne sommes pas cette organisation-là. Nos sections sont trop faibles pour le prétendre. Mais nous espérons, grâce à nos traditions politiques et à notre structure internationale, pouvoir jouer un rôle actif dans la préparation de cette Internationale de demain.

De toutes les tâches internationalistes, c’est probablement la plus difficile, celle qui demandera le plus de temps. Aucun courant révolutionnaire n’est, aujourd’hui, suffisamment fort sur le plan mondial pour la réaliser à lui seul. Nous pensons pourtant que c’est aussi l’une des tâches les plus importantes. C’est bien pourquoi nous souhaitons gagner à une telle perspective d’autres organisations révolutionnaires et d’autres courants politiques. Pour œuvrer ensemble à la constitution d’une Internationale révolutionnaire enracinée dans les luttes de masse, dans tous les continents.

Solidaires dans l’unité

Le tout premier acte internationaliste, c’est la solidarité active. Il n’est, en ce domaine, nul besoin d’attendre pour agir ensemble. C’est dans cet esprit que la IVe Internationale lance à toutes les organisations révolutionnaires et progressistes, à toutes les militantes et tous les militants un appel à l’action commune.

L’internationalisme solidaire est par nature unitaire.

La recherche de l’efficacité doit, seule, nous guider. L’efficacité exige l’unité : il faut rassembler nos forces pour défendre toutes celles et tous ceux qui luttent, toutes celles et tous ceux qui souffrent, toutes celles et tous ceux qui sont frappés par la répression.

La solidarité doit permettre à chacun de dépasser dans l’action les sectarismes idéologiques et organisationnels. Par-delà les divergences politiques, elle doit rassembler dans des campagnes communes toutes les organisations et mouvements, toutes celles et tous ceux qui sont prêts à s’y engager.

Face à la répression, en défense des luttes et des droits de l’homme, rien ne doit diviser la solidarité.

Unitaire dans ses modalités, la solidarité doit l’être dans ses objectifs, en apportant son soutien à toutes celles et tous ceux qui combattent sans aggraver les divisions qui, parfois, s’expriment entre les diverses composantes d’une lutte populaire.

La solidarité doit savoir durer.

Aux luttes prolongées des exploité(e)s et opprimé(e)s du monde doit correspondre une solidarité de longue durée. L’unité doit garantir le dynamisme et la permanence de l’engagement internationaliste.

La solidarité doit être libérée des contraintes étatiques.

Le poids des États est grand, dans le monde actuel. Les organisations révolutionnaires comme les mouvements populaires peuvent être amenés à rechercher l’appui de gouvernements étrangers, ou à obtenir leur neutralité. Le mouvement de solidarité doit les aider dans ce domaine comme dans les autres. Mais la solidarité ne doit pas pour autant dépendre des aléas de la diplomatie d’une capitale du dit « camp socialiste », que ce soit Moscou ou Pékin, ou de celle de la social-démocratie européenne. Elle doit être effectivement indépendante des États, prouver ainsi qu’elle exprime réellement une valeur internationaliste et qu’elle n’est pas simplement au service des intérêts particuliers d’un gouvernement ou d’un parti.

Les luttes populaires doivent être soutenues sans condition préalable. Que ce soient les luttes de libération au Salvador, aux Philippines, au Pays basque ou en Érythrée. Que ce soient les luttes ouvrières contre l’Europe du capital ou celles des Noirs d’Afrique du Sud contre l’apartheid. Que ce soient les luttes des travailleuses et travailleurs polonais, soviétiques ou chinois pour leurs droits politiques et sociaux.

La solidarité ne doit pas pour autant cacher les réalités. Pour lutter aujourd’hui, dans un esprit internationaliste, contre la politique impérialiste de guerre au Moyen-Orient, il faut avoir dénoncé, et continuer à dénoncer, la liquidation des opposants et le massacre des populations kurdes par la dictature irakienne. Il ne faut pas couvrir les crimes de Saddam Hussein.

Apprendre les uns des autres

L’internationalisme est une occasion irremplaçable pour apprendre les uns des autres.

Chaque organisation a besoin de tirer les leçons de l’histoire du mouvement ouvrier mondial, des luttes de libération nationale, des succès et des échecs des combats populaires, des révolutions et des contre-révolutions. La discussion politique et l’échange d’expériences entre divers mouvements et partis nationaux sont indispensables.

Nous sommes convaincus que notre programme et nos analyses méritent d’être connus. Ils expriment une réalité militante internationale vécue, une continuité historique que nous pensons précieuse. Mais nous savons aussi que nous sommes redevables de l’expérience d’autres courants, que nous avons appris d’autres mouvements. Pour la période récente, c’est, par exemple, vrai en ce qui concerne la réflexion féministe et la pensée écologique.

La coopération internationale doit, pour l’enrichissement de tous, permettre la confrontation des analyses et des orientations, des stratégies et des programmes. C’est ce besoin impérieux qui s’est manifesté lors de la grande réunion des organisations de la gauche latino-américaine, réunie en juillet 1990, à São Paulo, au Brésil.

L’internationalisme exige le respect de l’intégrité politique et organisationnelle de chaque parti national. Un rapport de réciprocité et de soutien mutuel. Les divergences politiques sont souvent importantes entre les différentes organisations politiques. Elles ne peuvent être ignorées, mais être débattues pour être dépassées. L’action commune doit aider à les surmonter. Par-delà les différences et les divergences, nous appartenons à un même camp, celui des exploités et des opprimés.

Une école de démocratie

En agissant ensemble dans la solidarité, nous montrerons que nous savons respecter le pluralisme dans le mouvement progressiste et révolutionnaire, que nous savons surmonter les pratiques fractionnelles qui lui ont porté un tort si grave. Dans l’unité, nous pourrons mieux respecter la démocratie et l’autonomie des organisations ouvrières et populaires.

Nous contribuerons ainsi à donner, par l’exemple, une crédibilité nouvelle au projet socialiste.

L’internationalisme véritable est une école vivante de démocratie socialiste.

Rassemblons nos forces

Luttons ensemble pour redonner vie à un internationalisme véritable !

Le 14 février 1991

Quatrième internationale