Comme chaque année, la Quatrième Internationale organise des rencontres internationales de jeunes, fin juillet. Cette année, elles ont été organisées par les camarades suisses du MPS, en Allemagne.
C’est la fin d’une longue semaine, et bien que la plupart des camarades soient déjà épuisé·es, beaucoup bloquent les bus des délégations qui tentent de quitter les lieux, tandis que d’autres participent à la plus grande fête de la semaine… après que les participant·es restant aient mis leur argent commun pour racheter le stock du bar et le partager. Pendant ce temps, certain·es camarades cherchent comment se rendre à l’aéroport le lendemain.
Le camp s’achève tranquillement et plus de 300 camarades vont devoir retrouver leur quotidien après une semaine de solidarité entre jeunes venu·es de nombreux pays. Le retour à la dure réalité est parfois difficile et suscite un brin de tristesse, mais il nous donne aussi envie de participer au camp l’année prochaine en France !
Déroulement du camp
Lors de ces trois années qui ont suivi la pandémie de Covid, le camp de jeunes de la Quatrième Internationale a progressivement retrouvé son rythme ; cette année, plus de 320 camarades venu·es de plus de 23 pays y ont participé, soit une vingtaine de participant·es de plus que l’an dernier. Cette augmentation constante du nombre de participant·es témoigne une fois de plus de notre engagement commun dans la lutte contre le capitalisme, le fascisme et toutes les formes de systèmes oppressifs.
C’est en 1984 que le camp s’était tenu la première et la dernière fois en Allemagne. Le contexte politique était alors radicalement différent : la guerre froide battait son plein et la division entre Allemagne de l’Est et de l’Ouest était une réalité. Pour de nombreux militant·es de gauche, la révolution nicaraguayenne représentait encore l’espoir d’une alternative au modèle stalinien. En 1984, un camarade nicaraguayen s’était vu refuser un visa avant de finalement réussir à rejoindre le camp. Aujourd’hui, les défis auxquels l’Allemagne est confrontée diffèrent : l’AfD arrive en tête des sondages et la coalition au pouvoir met déjà en œuvre des politiques qui font écho au programme de ce parti.
Le programme de l’édition 2026
Le programme du camp proposait un large éventail d’activités, d’ateliers, de sessions éducatives, de rassemblements et d’autres événements favorisant les discussions politiques sous diverses formes. Nous avons abordé des analyses théoriques approfondies tout en participant à des ateliers pratiques, notamment sur l’organisation de manifestations. Chaque journée était consacrée à une thématique spécifique : anti-impérialisme, antifascisme, féminisme, libération queer, écosocialisme, antiracisme, monde du travail et syndicalisme, ainsi que la thématique stratégie et parti.
Lorsque le besoin d’une pause se faisait sentir en raison de l’intensité des débats, nous disposions d’un espace de détente. Si nous ressentions l’envie d’échanger avec des camarades vivant dans des systèmes oppressifs similaires, des espaces dédiés étaient prévus à cet effet : pour les personnes en situation de handicap et neurodivergentes, pour les personnes trans, féministes, LGBTQI+ et racisées. L’existence de tels espaces était nécessaire malgré tous nos efforts pour rendre les lieux inclusifs, car des systèmes discriminatoires, des inégalités d’accès aux ressources et des hiérarchies persistantes continuaient à se reproduire au sein du camp.
Les meetings constituent un volet exaltant et mobilisateur du camp ; malheureusement, nous avons dû cette année annuler le meeting féministe. Nous avons commis des erreurs dans la planification et la définition des priorités, ce qui illustre les problèmes structurels de nos organisations face au sexisme. Il est révélateur que nous ayons consacré beaucoup d’énergie à l’organisation du meeting d’ouverture – avec de nombreux·ses intervenant·es – sans réaliser que le meeting féministe ne disposait pas d’un véritable espace de préparation ou n’avait pas été préparé en amont. D’autres meetings ont mis en lumière la diversité des luttes en cours, telles que la lutte contre le G7, le combat pour une Papouasie occidentale libre et la lutte contre la montée meurtrière de la transphobie à travers le monde.
Les commissions permanentes, qui travaillent une thématique tout au long de la semaine, étaient bien préparées et ont donné lieu à un moment très apprécié lors du meeting de clôture, à des discussions intéressantes autour du Manifeste écosocialiste de la Quatrième Internationale, ainsi qu’à des échanges sur la manière de bâtir des organisations de jeunesse et de relever les défis auxquels elles sont confrontées.
Le camp de jeunes offrait aussi diverses autres activités – telles que des rencontres entre délégations, des soirées chant, des fêtes, etc. – qui sont toutes, à divers titres, essentielles à la réussite du camp.
Dans l’ensemble, le programme était, comme toujours, très dense et stimulant, mais aussi épuisant, en particulier pour les camarades neurodivergent·es. Nous peinons encore à trouver des moyens de relever ce défi et de faire du camp un lieu plus inclusif pour tou·tes les camarades.
Bien que les camarades regrettent à juste titre que le manque de ressources conduit le camp à être une initiative européenne, la présence de camarades venu·es du monde entier – notamment d’Argentine, du Brésil, du Mexique, de Hong Kong, d’Indonésie, de Lettonie, des Philippines, de Turquie et d’Ukraine – a enrichi notre rencontre. Nous avons noué des liens durables, conscients que la solidarité internationale est ce qui nous unit avant tout.
L’organisation du camp
Bien sûr, l’organisation d’un tel camp représente un défi. Pus de 30 bénévoles venu·es de différents pays ainsi que la nature autogérée du camp ont permis que tout se déroule au mieux. Les bénévoles nous ont aidé·es en conduisant d’innombrables camarades aux gares, en préparant le petit-déjeuner dès 6 heures du matin, en assurant les soins médicaux, la sécurité, le montage et le démontage, la traduction, la sonorisation, la coordination du nettoyage, etc. Bien entendu, nous avons rencontré des difficultés et tout ne s’est pas toujours passé sans accroc, mais nous avons géré la situation du mieux que nous pouvions et la plupart des problèmes ont été résolus de manière satisfaisante.
Quelques éléments ont échappé à notre contrôle… comme la météo : au début, nous avons eu très froid, avec des nuits qui nous ont donné l’impression d’être en hiver, et de la pluie, avant que, au fil de la semaine, l’ambiance devienne plus estivale.
En tant qu’équipe d’organisation n’ayant jamais entrepris une telle démarche auparavant, nous nous sommes parfois senti·es submergé·es par les tâches liées à la mise en place d’un tel camp de jeunes. Grâce à l’aide de camarades issu·es de différentes délégations, nous avons tout de même réussi à organiser ce camp. De nombreux camarades étaient extrêmement épuisé·es et stressé·es durant l’événement ; cela a mis en lumière à quel point il est essentiel pour les révolutionnaires de se soutenir mutuellement et de prendre soin les un·es des autres est au cœur de la camaraderie.
La délégation Bewegung für den Sozialismus/Mouvement pour le socialism/movimento per il socialismo (BFS/MPS) a trouvé le camp très enrichissant. Pour beaucoup d’entre nous, dont c’était le premier camp international de jeunesse, il a été très inspirant : c’est incroyable de repenser à nos débuts il y a seulement deux ans : nous n’étions que trois participant·es, et très peu d’entre nous avaient déjà participé à plus de deux camps. Dans un pays où on a l’impression de stagner alors que le monde est en feu, le contact avec tant de camarades venus du monde entier a été une source d’inspiration immense. Constater que nous luttons toutes et tous avec des traditions communes, en particulier celles et ceux qui viennent de contextes politiques bien plus difficiles, a été profondément stimulant.
Dans l’ensemble, le camp a été apprécié de tou·tes ; il nous a donné de l’espoir et de la motivation, et nous a rapproché·es, tant entre camarades de délégations différentes qu’au sein de notre propre organisation.
Hoch die internationale Solidarität ! – Vive la solidarité internationale
Le 1er septembre 2026
Emil Schneider et Eylem sont membres du Mouvement pour le socialisme (Bewegung für den Sozialismus en allemand). Le MPS/BFS est une organisation socialiste active en Suisse. C’est une organisation observatrice permanente de la Quatrième internationale.