Deux organisations révolutionnaires unissent leurs forces en Inde

Radical Socialist, la section indienne de la Quatrième Internationale, a conclu un accord d’unité avec le Parti communiste révolutionnaire de l’Inde (RCPI). Les deux organisations tiendront leur congrès d’unité en décembre. Nous reproduisons ci-dessous leur déclaration d’unité adoptée à l’issue de discussions les 9 et 10 août 2026. La Quatrième Internationale salue ce processus d’unité et appelle à un soutien financier pour l'organisation du congrès.

Le Parti communiste révolutionnaire de l’Inde (RCPI) a été fondé pendant la lutte pour la libération de l’Inde, à la suite d’une scission au sein du CPI [Communist Party of India] – alors stalinien et collaborationniste – en 1934. Il s’est d’abord appelé « Ligue communiste », puis est devenu le RCPI lorsqu’il s’est constitué en parti. Le dirigeant central du RCPI était Saumyendranath Tagore, un délégué indien au 6e congrès de l’Internationale communiste, qui allait progressivement remettre en cause la « thèse coloniale », la décision d’exclure Trotsky et la ligne sectaire adoptée pendant la montée en puissance d’Hitler, ainsi que le déclin bureaucratique de l’URSS. À la fin des années 1940, une division profonde s’est produite au sein du RCPI lorsque Tagore s’est opposé à ce qu’il considérait, à juste titre, comme une ligne gauchiste et aventuriste prônant le soulèvement armé, défendue par la majorité de la direction sous la houlette de Pannalal Dasgupta. Ça a conduit à une scission. Sudhin Kumar a réussi à remettre ce groupe sur pied après l’avoir éloigné de la politique de Dasgupta, qui prônait une lutte armée locale inopportune. Par la suite, tous les camps ont connu un déclin, mais le RCPI continue d’exister en tant que parti de gauche et a réussi à se réunifier.

La Quatrième Internationale (QI), fondée en 1938, est née d’une scission au sein du mouvement communiste international au début des années 1930, en réaction à la déviation menchevik et kautskienne prônant la collaboration de classe, ainsi qu’à la dégénérescence bureaucratique menée par la clique stalinienne, qui se reflétait dans presque tous les pays du monde. En Inde, c'est la création du Parti bolchevique-léniniste de l'Inde et de Ceylan, devenu plus tard le BLPI, qui a constitué la section indienne de la Quatrième Internationale. La section indienne de la Quatrième Internationale a connu plusieurs débâcles politiques et organisationnelles et a pris différentes formes (en tant que groupe politique) à différentes époques, comme la Ligue communiste, l’Inquilabi Communist Sangathan, Radical Socialist (RS), etc., mais elle a toujours conservé une lignée commune. RS (en tant que groupe politique) fonctionnaient comme section de la QI en Inde.

Le RCPI et la section indienne de la Quatrième Internationale ont toutes deux un héritage glorieux et des zones d’ombre dans leur histoire. Ces deux tendances partagent des points communs essentiels dans leurs idéologies fondatrices, avec toutefois quelques différences, dont certaines ont perdu toute pertinence avec la chute du bloc soviétique et les changements en Chine. Par contre, ces deux tendances n’ont jamais vraiment fait chemin ensemble, même si des efforts ont été tentés à différentes époques.

Malgré la proximité de leurs idéologies fondatrices, certaines différences se sont manifestées entre ces deux tendances politiques dans leurs pratiques concrètes au cours des dernières décennies. Mais face à l’évolution du paysage politique et à la crise du mouvement de gauche en Inde, le RCPI et RS ont ressenti le besoin de se rapprocher et de s’unir en s’appuyant sur leurs idéologies fondatrices comme axe de cette unification. Sans ignorer les erreurs commises, les zones d’ombre et les déviations passées des deux organisations (ou de leurs prédécesseurs), mais en les considérant comme des leçons politiques à tirer, l’organisation unifiée ne retient que leur héritage positif pour leur parcours commun à venir.

L’organisation unifiée est une nouvelle identité qui perpétue l’idéologie révolutionnaire du RCPI et du RS, et qui s’appellera RCPI, car elle assure la continuité du nom, ce qui n’est pas le cas de la Section indienne de la Quatrième Internationale.

Le RCPI, comme on va s’appeler désormais, défend les principes suivants :

Que le socialisme, notre combat et notre objectif, est possible et souhaitable, mais pas inévitable. Il sera construit par l’auto-émancipation de la classe ouvrière, entraînant dans son sillage toutes les autres catégories exploitées et opprimées — minorités nationales, genres et sexualités opprimés, castes, Adivasis et, dans certains cas, minorités religieuses opprimées —, sans ignorer les réalités de classe.

Une révolution menée par la classe ouvrière doit inévitablement aboutir, si elle réussit, à l'instauration du pouvoir de la classe ouvrière, soutenu par ses alliés à travers des institutions de la démocratie la plus large possible, en écartant d’emblée les institutions bureaucratiques et autoritaires qui restreignent la démocratie. C’est ce que Marx entendait par « dictature du prolétariat », et non pas le pouvoir d’un seul parti et de sa direction bureaucratique, ni même celui d’un grand leader ou de l’« Ek Nayak ».

Nous rejetons à la fois le front populaire (collaboration stratégique avec les partis bourgeois) et les versions ultra-gauches du stalinisme, qui prônent l’héroïsme minoritaire et l’action armée au détriment des mobilisations et des luttes de masse.

Nous rejetons l’idée d’une révolution par étapes. Une révolution menée par la classe ouvrière ne peut pas s’arrêter à un stade arbitraire avant d’avoir saisi les moyens de production à la classe dirigeante actuelle ; elle ne peut pas s’arrêter à une étape imaginaire dite « nationale », « populaire » ou de « nouvelle démocratie ». Nous sommes d’accord pour dire qu’en raison du caractère inégal et combiné du développement capitaliste en Inde, il subsiste des tâches qu’au XIXe siècle on aurait pu qualifier de tâches de la révolution démocratique. Bien que cela mérite une attention particulière, nous rejetons l’idée selon laquelle cela signifierait une étape distincte de la révolution. Le pouvoir politique, essence même d’un renversement révolutionnaire, doit être sous la direction de la classe ouvrière, quels que soient les vestiges précapitalistes et les distorsions capitalistes à combattre.

Pour nous, le communisme s’apprend à partir des expériences de près de trois siècles de luttes ouvrières, de révolutions réussies et ratées, de la pratique révolutionnaire des organisations prolétariennes depuis la Ligue des communistes de 1847, des trois premières Internationales à leur apogée, ainsi que d’autres luttes sociales progressistes et des enseignements de Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Lénine, Rosa Luxemburg, Léon Trotski, Saumyendranath Tagore et de nombreux autres marxistes qui leur ont succédé. C’est pourquoi notre marxisme est aussi une méthode pour intégrer les leçons de la réalité matérielle concrète en vue du changement social. C’est pour cela que nous tenons à souligner qu’un programme révolutionnaire contemporain doit prendre en compte les évolutions survenues depuis les années 40.

Nous estimons que l’effondrement de l’URSS et les transformations en Chine signifient la restauration du capitalisme dans la Chine et la Russie d’aujourd’hui. Même si nous continuons à considérer l’impérialisme américain et l’OTAN comme les principales menaces impérialistes, nous nous opposons à tout alignement avec la Russie ou la Chine au nom de l’anti-impérialisme. Les BRICS, qui regroupe eux-mêmes de nombreuses puissances impérialistes et sous-impérialistes, ne sont pas un bloc anti-impérialiste.

Nous sommes tou·tes conscient·es du réchauffement climatique et des autres problèmes écologiques. Mais nous devons les inscrire explicitement dans un cadre socialiste de lutte des classes. La lutte contre le changement climatique doit donc être mise en cohérence avec la lutte pour le socialisme.

Ce que nous défendons dans le monde d’aujourd’hui et dans l’Inde d’aujourd’hui, c’est la justice de genre, les droits des entités nationales ethniques, la pleine émancipation des castes opprimées face à l’oppression brahmanique et des castes supérieures, et le lien entre les droits des Adivasis et les préoccupations écologiques. Nous ne soutenons pas les formes extrêmes de politique identitaire, mais nous reconnaissons la réalité des oppressions et des identités multiples. Les identités sont bien réelles, et l’exploitation, l’oppression et l’aliénation qui en découlent bafouent tous les droits humains. Il n’y a pas d’avancée vers le socialisme sans s’attaquer à ces problèmes, car les principales victimes des divisions et de l’oppression fondées sur l’identité, ce sont les classes ouvrières elles-mêmes. Nous ne pensons pas qu’il faille rejeter toutes les organisations qui luttent pour les droits identitaires. Nous devons nous rapprocher des progressistes parmi elles.

Nous proposons un programme de transition, un pont entre les luttes économiques immédiates et autres luttes partielles, d’une part, et la lutte pour une alternative socialiste, d’autre part. Il est important de combiner la perspective globale avec des revendications immédiates et locales. Pour convaincre les gens de se détourner du système capitaliste, pour les encourager à résister, il faut des luttes victorieuses qui donnent du courage et montrent que des victoires partielles sont possibles. Pour que ces luttes aboutissent, il faut une meilleure organisation. C’est toujours vrai en principe, mais aujourd’hui — à une époque où les luttes organisées de la classe ouvrière sont affaiblies et où la gauche est fragmentée —, il est important de promouvoir une coopération pratique sans sectarisme, surtout au sein de la gauche anticapitaliste, tout en soutenant les travailleur·euses dans leur auto-organisation.

Nous avons besoin de programmes concrets et de reconnaître ce que nous n’avons pas fait pour les femmes et les minorités sexuelles : participer aux luttes pour les droits des femmes et des personnes LGBTQI+, les recruter, leur garantir plus de place dans les réunions du parti et au sein de ses instances dirigeantes. De la même manière, nous avons besoin de programmes concrets et de reconnaître une orientation spécifique face aux multiples formes d’oppression et d’exploitation subies par les Dalits et les Adivasis, ainsi que de les recruter et de leur offrir plus de place non seulement parmi les membres, mais aussi au sein de la direction du parti.

Nous sommes pour la construction d’un parti léniniste, ce qui n’est pas une prescription structurelle de l’organisation, mais un pilier politique fondamental de la révolution socialiste, exempt de toute distorsion staliniste ou sociale-démocrate. Pour nous, la définition du centralisme démocratique est politique bien plus qu'organisationnelle ; ce n’est pas un format figé dans la dynamique changeante et intensifiée de la lutte de classes. Le droit pour toutes les sections du parti de faire connaître leurs points de vue aux autres sections, l’unité dans l’action lorsque les décisions sont prises en cohérence avec l’interprétation programmatique, le droit des minorités à remettre en question la majorité, le droit d’agir séparément lorsque les décisions contredisent le programme de base, les publications régulières, les conférences, les réunions (y compris virtuelles), etc. font partie de nos pratiques courantes.

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » n’est pas un simple slogan à scander, mais un appel à mettre en pratique l’internationalisme. C'est pourquoi nous avons décidé de demander le statut d’« observateur permanent » auprès de la Quatrième Internationale. Nous nous efforcerons également de collaborer avec des organisations partageant les mêmes idées partout dans le monde.

Déclaration d’unité du RCPI et de Radical Socialist, adoptée après discussion les 9 et 10 août 2026.

Traduit de l'anglais par fourth.international

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Appel au soutien financier

Radical Socialist et le Parti communiste révolutionnaire de l’Inde (RCPI) organiseront un congrès d’unité en décembre. Iels prévoient de louer un modeste dharamshala bouddhiste, pas un hôtel, équipé d’une salle de conférence. Le budget prévu est de 450 000 roupies, soit environ 4 100 €. Dans le cas d'un hôtel, le coût grimperait à environ 1 million de roupies indiennes (9 000 €).

Le dharamshala, qui ne dispose que d’une petite salle, les obligera à engager une équipe de cuisiniers pour préparer les repas, à réserver un hôtel pour les camarades indien·nes et étranger·es qui ne pourront pas loger au dharamshala, ainsi qu’une salle pour une réunion publique annonçant la fusion, l’impression d’affiches, etc.

Compte tenu de cette situation particulière, nous lançons un appel à soutien financier pour aider à l’organisation du congrès.

Vous pouvez faire un don à :

Compte : A.F.E.S.I. (Association pour la Formation, l’Éducation et la Solidarité Internationale)
IBAN: BE03 0013 9285 0884
BIC/SWIFT code: GEBABEBB 
Communication: Unity Congress India